Dans la fraîcheur du soir,

sortir, regarder, sentir et écouter...

S'enivrer dès le pas de la porte de cette escale sereine au jardin...

Faire quelques pas et déranger soudain le merle,

ce dernier veilleur du soir qui s'envole en piaillant, indigné, vers d'autres cieux plus isolés...

Entendre une vache au loin qui rappelle son petit,

et cet enfant qui chantonne derrière la haie, un air répétitif et presque triste,

comme s'il était seul au monde...

Sentir en passant le parfum délicat et puissant de la belle Julie de Bazac,

dressée avec élégance sur son jeune pied plein d'épines...

Et espérer que sa jeune soeur en bouture soit aussi prometteuse l'année prochaine...!

Redresser quelques pois de senteur qui s'écroulent sous le poids des fleurs,

et pester sur ces pucerons envahisseurs de capucines...

Mais que font donc les coccinelles !!??? Pas une seule cette année !!

Chasser deux trois moustiques affectueux en passant sous le chêne,

s'émerveiller devant le premier bouton du jasmin odorant :

Enfin !!!

Que de soins et d'attentions pour retrouver ce doux parfum de mes îles lointaines !

les souvenirs qui remontent, cette haie enivrante à l'école de Faa'a,

que l'on sentait de si loin, avant même de la voir...

 

Revenir au jardin,

réveillée de mes songes par le dernier de la maison qui me rejoint, intrigué par mon absence...

Cueillir ensemble une salade pour demain,

chercher les jeunes courgettes,

"ce sont les meilleures" m'avait appris Clara dans son français cahotique,

la femme de Matéo, ce pilote italien de Sarajévo...

Trois brins de menthe, un peu de ciboulette, de persil plat et non, toujours pas de tomates rouges...!!

Le potimarron s'évade chaque jour un peu plus du potager, vers un coin de friche,

discrètement, l'air de rien...

Rire tous les deux soudain...

"Il va pondre chez les voisins, tu verras...!"

Découvrir dans le compost quelques pousses de pommes de terre qui émergent,

clandestines mais bienvenues...

Une orchidée derrière la fenêtre passerait volontiers le bout de ses boutons dehors,

et le hamac attend patiemment une âme dolente pour le bercer...

Demain peut-être...

 

Le soleil descend se coucher derrière le grand chêne des voisins, maintenant...

 Il fait frais, rentrer...

Et me rappeler en revenant doucement, les bras chargés de mes petits trésors,

que j'ai pourtant survécu loin de tout ça dans un petit nid parisien,

avec pour seul ami un gros bouquet d'ajoncs fanés,

que m'avaient ramassés les brassées paternelles comme un cadeau doré sentant le miel,

au bord de cette route qui quittait ma Bretagne vers mon indépendance ...

... Il y a bien longtemps...

Il y a si longtemps...

L'ai-je vraiment vécu, au fond...

jardin juillet2014